La référence en conservation du patrimoine matériel

Préserver et transmettre le patrimoine

Le patrimoine est d’abord une matière — et toute matière se dégrade

Une cathédrale brûle. Un tableau noircit. Un document d’archives se fragmente. Une sculpture en plein air s’effrite sous la pluie acide. Derrière chaque œuvre qui disparaît, il y a une matière qui a cédé — et souvent, un savoir qui n’était pas là pour l’en empêcher. La conservation du patrimoine, c’est d’abord cela : comprendre les matériaux pour les défendre.

C’est le cœur de Préserver et transmettre le patrimoine matériel, publié aux Éditions MkF sous la direction de Roland May et l’édition scientifique de Lorraine Mailho. Vingt ans après le Précis de conservation préventive de la SFIIC — devenu une référence incontournable du secteur —, cette nouvelle synthèse fait le point sur l’état des savoirs et des pratiques, avec l’ambition d’être utile pour les deux prochaines décennies.

Une lacune comblée après vingt ans

Le premier Précis, paru en 2002, avait marqué la communauté patrimoniale. Il s’en était épuisé des tirages, et circulait encore comme référence obligée dans les formations, les musées, les services patrimoniaux — longtemps après sa date de parution. Mais les pratiques ont évolué. Les matériaux étudiés se sont diversifiés. La discipline a gagné en rigueur scientifique et en légitimité institutionnelle. Le béton, les plastiques, l’art contemporain, les documents audiovisuels : autant de terrains qui n’existaient pas dans le champ de la conservation préventive il y a vingt ans et qui sont aujourd’hui centraux.

Ce n’est donc pas une simple mise à jour qui était nécessaire, mais une refonte. C’est ce qu’ont entrepris Roland May — ancien chef du département conservation préventive du C2RMF et ancien directeur du CICRP de Marseille — et Lorraine Mailho, ancienne cheffe du département restauration du C2RMF. Appuyés par plus de cinquante spécialistes — conservateurs-restaurateurs, scientifiques du patrimoine, responsables d’institutions publiques et privées — ils livrent ici une somme qui n’a pas d’équivalent en langue française.

Un panorama complet, matériau par matériau

La force de l’ouvrage réside dans sa seconde partie, véritable encyclopédie opérationnelle organisée par matériaux. Chaque chapitre a été confié à des spécialistes de terrain, confrontés quotidiennement aux réalités de la conservation. Le lecteur y trouvera des entrées précises et documentées sur la pierre et les matériaux pierreux (mosaïque incluse), le bois, le béton, les métaux, les textiles, tapisseries et costumes, le papier et les documents écrits, les photographies, la peinture murale, de chevalet et contemporaine, les plastiques et élastomères, le verre et le vitrail, les terres et céramiques, les collections naturalistes, les matériaux d’origine animale et végétale, et les documents audiovisuels.

Pour chaque matériau : les caractéristiques physico-chimiques à connaître, les altérations les plus fréquentes, les conditions environnementales à surveiller (lumière, humidité, polluants, micro-organismes, insectes), et les recommandations pratiques adaptées aux contextes institutionnels comme privés.

Une discipline devenue incontournable

La conservation préventive a longtemps été le parent pauvre de la conservation-restauration. La restauration — visible, spectaculaire, médiatique — captait l’attention, le financement, le prestige. Le chantier de Notre-Dame de Paris en a été l’illustration parfaite. Mais la restauration intervient après la dégradation. La conservation préventive, elle, intervient avant — souvent de manière invisible, en agissant sur les conditions d’environnement, de stockage, de manipulation, de transport.

C’est une discipline du quotidien, du long cours, qui demande une connaissance fine des matériaux et une vision systémique des collections. Elle est aujourd’hui reconnue par l’ICOM-CC, normalisée au niveau européen (norme NF EN 15898), et enseignée dans les cursus universitaires de conservation-restauration. Préserver et transmettre le patrimoine matériel en donne la vision la plus complète et la plus actualisée disponible en français.

Pour qui est ce livre ?

L’ouvrage s’adresse en premier lieu aux professionnels du patrimoine : conservateurs, restaurateurs, régisseurs de collections, responsables de musées, d’archives, de bibliothèques, de monuments historiques. C’est la référence dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées, former leurs équipes, et argumenter leurs choix auprès des décideurs.

Mais il parle aussi aux propriétaires et gestionnaires de biens culturels — qu’il s’agisse de collectivités locales, de fondations, d’établissements religieux ou de particuliers possédant un patrimoine bâti ou mobilier. Comprendre les mécanismes de dégradation, c’est déjà savoir comment les ralentir.

Les étudiants en conservation-restauration y trouveront enfin la synthèse théorique et pratique qui leur manquait en langue française — un manuel de fond à côté des ressources numériques auxquelles ils ont accès, mais qui ne remplacent pas la profondeur d’une synthèse collective comme celle-ci.

Une référence qui s’inscrit dans la durée

Publié avec la SFIIC et le soutien de la Direction générale du patrimoine du ministère de la Culture, Préserver et transmettre le patrimoine matériel est bien plus qu’un catalogue de techniques : c’est un acte de transmission en soi. Il témoigne de ce que la communauté scientifique et professionnelle sait aujourd’hui, pour que ce savoir ne soit pas perdu, fragmenté dans des publications dispersées ou enfermé dans les couloirs des institutions.

Dans une époque où le numérique accélère l’éphémère et où le changement climatique accroît les risques de dégradation des collections, disposer d’une telle synthèse n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

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Publié aux Éditions MkF — Direction : Roland May. Édition scientifique : Lorraine Mailho. Avec le soutien de la Direction générale du patrimoine, ministère de la Culture. 48 €

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Éditions MkF