Comprendre l’Eurovision : politique, identité et kitsch

Comprendre l'Eurovision

70 ans, 166 millions de téléspectateurs, et toujours autant de questions

En 1956, sept pays se réunissent à Lugano pour un concours télévisé expérimental. En 2025, 166 millions de personnes regardent la finale depuis leur salon — auxquelles s’ajoutent 1,8 milliard de vues sur les réseaux sociaux. Le Concours Eurovision de la chanson fête ses 70 ans en 2026, et il n’a jamais été aussi grand, aussi controversé, aussi étudié.

C’est précisément là qu’intervient Comprendre l’Eurovision, publié aux Éditions MkF sous la direction de Sébastien Appiotti et Lisa Bolz. Un ouvrage collectif et interdisciplinaire qui prend l’Eurovision au sérieux — sans pour autant lui retirer ce qui fait son charme.

L’Eurovision avant l’Union européenne

Voilà un fait peu connu : l’Eurovision précède l’Union européenne. Le concours est créé en 1956, un an avant la Communauté économique européenne. Avant les traités, avant les institutions, avant l’euro — il y avait déjà une scène commune, des drapeaux, des votes entre nations. Ce n’est pas anodin. Depuis soixante-dix ans, le concours accompagne, reflète et parfois précède les grandes transformations du continent. La chute du rideau de fer, l’élargissement à l’Est, les tensions géopolitiques entre la Russie et l’Ukraine, la participation d’Israël depuis 1973 ou de l’Australie depuis 2015 : chaque édition est un miroir de l’Europe — et de ses contradictions.

Pourquoi on aime (et on déteste) l’Eurovision

L’une des questions posées dans l’ouvrage mérite d’emblée d’être citée : Pourquoi adore-t-on détester l’Eurovision ? La chercheuse Hécate Vergopoulos y répond avec humour et acuité. Car l’Eurovision occupe cette position paradoxale : phénomène populaire à 96 % de notoriété mondiale, il est pourtant souvent moqué, raillé, qualifié de « ringard » ou de « kitsch ». L’ouvrage ne tranche pas. Il préfère analyser : pourquoi ces résistances ? Que disent-elles de nos rapports à la culture populaire, à l’Europe, à la télévisualité ? Et surtout — pourquoi des millions de personnes regardent quand même, chaque année ?

Un laboratoire de l’identité européenne

Au fil des chapitres, le livre explore plusieurs dimensions que le grand public n’imagine pas toujours. L’Eurovision est d’abord un espace de soft power : les délégations nationales y défendent des images de leurs pays soigneusement construites. Certains États utilisent explicitement le concours pour se repositionner sur la scène internationale — l’Azerbaïdjan en 2012, Israël régulièrement, l’Ukraine après 2022.

C’est aussi, depuis des décennies, un espace de visibilité LGBTQ+. Le chapitre sur les « Gaylimpics » — surnom affectueux donné au concours par ses fans queers — montre comment l’Eurovision est devenu un lieu d’expression et de fierté pour les communautés LGBTQ+, bien avant que cela soit assumé officiellement. Dana International, Conchita Wurst, Nemo : des artistes qui ont fait de la scène Eurovision un acte politique autant qu’artistique.

L’Eurovision, c’est encore une communauté de fans parmi les plus passionnées au monde : blogs, podcasts, soirées de visionnage, analyses en ligne. Un écosystème médiatique autonome que l’ouvrage documente à travers une enquête auprès du fan-club français Eurofans.

Ce que l’Eurovision dit de notre époque

Peut-on faire de la politique avec une chanson de trois minutes ? Oui, répond l’ouvrage — et l’Eurovision en est la preuve permanente. Le vote téléphonique du public, souvent décrit comme capricieux ou tribal, révèle en réalité des solidarités diasporiques, des proximités culturelles, des réconciliations historiques.

La couverture médiatique française du concours entre 1998 et 2024 fait l’objet d’un chapitre entier — et les évolutions sont saisissantes : d’un traitement condescendant et distancié à une couverture de plus en plus sérieuse, à mesure que l’audience rajeunit et que les enjeux géopolitiques deviennent impossibles à ignorer.

Un livre accessible, rigoureux, et tombé au bon moment

Comprendre l’Eurovision est un livre universitaire, mais pas réservé aux universitaires. Les encarts thématiques — courts, vivants, souvent drôles — rendent chaque question accessible : L’Eurovision est-il un concours européen ? Les chansons sont-elles toutes les mêmes ? En quoi l’Eurovision sert-il de laboratoire technologique ? Autant de portes d’entrée pour n’importe quel lecteur curieux.

Publié pour les 70 ans du concours, cet ouvrage arrive au moment exact où l’Eurovision est plus que jamais un sujet de société. ABBA, Céline Dion, Loreen, Nemo : des générations de culture populaire européenne qui méritaient enfin leur livre de référence en français.

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Publié aux Éditions MkF — Collection Imaginaire(s). Sous la direction de Sébastien Appiotti et Lisa Bolz. Avec le soutien de GRIPIC, LabSIC et Centre Norbert Elias.

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